Carnaval de la grosse biesse

Marche-en-Famenne, 22 & 23 février 2020

2014 - La Grosse Biesse revient de Rome - L'histoire

Ce jour-là, Le Grand-duc André fit mander la Grosse Biesse.

-    - Grosse Biesse, je veux te confier une mission importante.  Il faut que tu te rendes à Rome.

-    - Mais, Sire, à Rome, les cloches y vont déjà une fois l’an et tout ce qu’elles rapportent, ce sont des œufs en chocolat.

-    - Toi, tu vas aller trouver le Pape François et lui demander son secret.

-    - Mais quel secret, sire ?

-    - Comment il fait pour attirer tant de monde dans sa ville.  Oui, je sais, tous les chemins mènent à Rome mais j’eusse souhaité qu’ils passassent par Marche !

La Grosse Biesse partit donc.

Trois jours plus tard, elle était de retour.

-    - Grand-duc, le pape m’a confié ceci.

-    - Qu’est-ce donc ?  On dirait des bracelets…

-    - Oui da, mais ce sont des bracelets de cheville, conçus pour les pèlerins par les savants esprits de la Curie.

-    - Et que font-ils de si fabuleux ?

-    - Ils comptent les pas.

Et voici ce qui arriva.  Le Grand-duc André fit proclamer que quiconque se rendrait en la bonne ville de Marche se verrait remettre un compte-pas.  Et qu’il recevrait une série de merveilleuses récompenses : pour cinq cents pas dans la ville, il se verrait offrir une tartine du succulent Matoufè ; pour mille pas, un bon mètre du formidable boudin noir préparé par la sommité bouchère de la Porte-Basse ; pour quinze cents pas, un kilo de baisers à la recette secrète concoctée par l’homologue du saint patron de la ville ; et, pour deux mille pas, une image.  Mais quelle image ! Réalisée par les célèbres enlumineurs Bailloumont et Ferailly.  Elle représentait le Grand-duc dans toute sa gloire, entouré de ses plus fidèles féaux : Jean-François, l’herculéen érudit, constructeur de boulevards, le mage Christian, Maure guérisseur aux magnifiques pouvoirs, Isa, la belle fée blonde et sa baguette magique, et Nicolas le néo jouvenceau pour qui « God is with me ».

Là où l’empereur allait taxer au kilomètre, le Grand-duc allait donner des primes au pas.

Ce fut un immense succès.

De plus, même les Marchois se mirent à marcher et découvrirent mille lieux secrets et enchanteurs : la mystérieuse arrière-boutique de la boulangerie Delhaye, les caves maudites de la brasserie du Cercle, les pelouses défécatoires de l’allée du Monument, les rats roses de la Place aux Foires, la ruelle Rosette au capiteux parfum, le spa du président Fanfan…

Oui, le pas paie et à Marche, ça marche qu’on marche.

Que bénie soit notre Grosse Biesse !

Jean-Louis Troquet
Février 2014

Ce jour-là, Le Grand-duc André fit mander la Grosse Biesse.

-          Grosse Biesse, je veux te confier une mission importante.  Il faut que tu te rendes à Rome.

-          Mais, Sire, à Rome, les cloches y vont déjà une fois l’an et tout ce qu’elles rapportent, ce sont des œufs en chocolat.

-          Toi, tu vas aller trouver le Pape François et lui demander son secret.

-          Mais quel secret, sire ?

-          Comment il fait pour attirer tant de monde dans sa ville.  Oui, je sais, tous les chemins mènent à Rome mais j’eusse souhaité qu’ils passassent par Marche !

La Grosse Biesse partit donc.

Trois jours plus tard, elle était de retour.

-          Grand-duc, le pape m’a confié ceci.

-          Qu’est-ce donc ?  On dirait des bracelets…

-          Oui da, mais ce sont des bracelets de cheville, conçus pour les pèlerins par les savants esprits de la Curie.

-          Et que font-ils de si fabuleux ?

-          Ils comptent les pas.

Et voici ce qui arriva.  Le Grand-duc André fit proclamer que quiconque se rendrait en la bonne ville de Marche se verrait remettre un compte pas.  Et qu’il recevrait une série de merveilleuses récompenses : pour cinq cents pas dans la ville, il se verrait offrir une tartine du succulent Matoufé ; pour mille pas, un bon mètre du formidable boudin noir préparé par la sommité bouchère de la Porte-basse ; pour quinze cents pas, un kilo de baisers à la recette secrète concoctée par l’homologue du saint patron de la ville ; et, pour deux mille pas, une image.  Mais quelle image ! Réalisée par les célèbres enlumineurs Bailloumont et Ferailly.  Elle représentait le Grand-duc dans toute sa gloire, entouré de ses plus fidèles féaux : Jean-François, l’herculéen érudit, constructeur de boulevards, le mage Christian, Maure guérisseur aux magnifiques pouvoirs, Isa, la belle fée blonde et sa baguette magique, et Nicolas le néo jouvenceau pour qui « God is with me ».

Là où l’empereur allait taxer au kilomètre, le Grand-duc allait donner des primes au pas.

Ce fut un immense succès.

De plus, même les Marchois se mirent à marcher et découvrirent mille lieux secrets et enchanteurs : la mystérieuse arrière-boutique de la boulangerie Delhaye, les caves maudites de la brasserie du Cercle, les pelouses défécatoires de l’allée du Monument, les rats roses de la Place aux Foires, la ruelle Rosette au capiteux parfum, le spa du président Fanfan…

Oui, le pas paie et à Marche, ça marche qu’on marche.

Que bénie soit notre Grosse Biesse !