Carnaval de la grosse biesse

Marche-en-Famenne, 22 & 23 février 2020

2011 - La Grosse Biesse revient en ses quartiers

La nouvelle histoire qui accompagne chaque année le retour de la Grosse Biesse vient de nous parvenir... elle vous est contée, comme chaque année par Jean-Louis Troquet

La Grosse Biesse revient en ses quartiers.

En ce temps-là, et c'était à la fois un temps proche et lointain, la Grosse Biesse s'éveilla avec un étrange sentiment qui lui serrait doucement l'âme et le cœur. Elle avait le temps long. Elle avait besoin de revoir ses amis Noss'Petite, et le chien Filou, et tous les habitants de la Porte-Basse qu'elle aimait tendrement.

La Grosse Biesse n'était pas dragon à tergiverser : aussitôt elle se mit en route, quitta le Trô-Thy-ô-fosse et le Fond des Vaulx pour se diriger vers Marche-la-Belle.
Mais plus elle s'approchait de la Porte-Basse, moins elle reconnaissait les lieux : non, rien n'était dévasté mais tout paraissait plus terne, plus triste, plus cabossé. Et là, au bout de la route de Bourdon, quelle ne fut pas sa surprise de découvrir une muraille, une laide et longue muraille, rouge et blanche, qui coupait en deux son quartier favori.

Aussitôt, elle se rendit chez le bailli Guyguy le Brave qu'elle trouva attablé devant un verre de pèket en compagnie de son miniss' René le Rusé.

Ce qu'elle apprit fit se hérisser les écailles de sa queue. Le Grand-duc André, maître absolu de la Famenne, soleil du Gerny, génie de la Marchette, lumière du Chamay et étoile du Monument, avait encore frappé. Il avait commencé par annexer la Place de l'Etang, ce joyau séculaire. Puis il y avait fait construire une place forte, la citadelle de la Caracole. Enfin, un funeste jour, les Poitlôvôtis (habitant d'ol Poit-lô-vô) avaient découvert la sinistre muraille qui coupait en deux leur quartier.

Bien entendu, ils ne se laissèrent pas faire. Sous la conduite de Guyguy le Brave et de René le Rusé, ce n'est pas dix, ce n'est pas vingt, mais cent fois qu'ils se lancèrent à l'assaut.

Mais l'avisé Grand-duc André avait fait rassembler sur sa muraille la crème des crèmes de ses chevaliers : le redoutable et colossal Jean-François l'Imposant, Isabelle, la Pucelle de Borchamp, Philippe le Barbu, Gongan le Maure subit et Benoît le Gallois. Et c'est ainsi que tous les assauts furent repoussés sans ménagement.

N'ayant récolté que plaies et bosses, les Poitlôvôtis commençaient à se résigner.
C'est alors que la Grosse Biesse sentit qu'on la tirait par le bout de la queue. Et elle entendit une petite voix qui lui disait : « Dis, toi, tu ne pourrais pas faire quelque chose ? ». C'était Noss'Petite.

Alors la Grosse Biesse étira le cou qu'elle avait déjà long et, du plus profond de ses entrailles, jaillit un cri aigu et prodigieux. Et ils entendirent : les valeureuses Baloûches, les fiers Godis, les farouches Wahabites, ceux de Grune et ceux de On, ceux de Humain et d'Hargimont. Oui, ils entendirent. Et ils vinrent. Ils se rassemblèrent en une masse compacte, redoutable, ils chantèrent, ils festoyèrent. Puis poussant leur terrible cri de guerre : « Dédé dégage », ils chargèrent. Et la Grosse Biesse chargea avec eux.

Ouch ti ! Ce fut vite réglé. La laide muraille rouge et blanche fut démantelée, pulvérisée, atomisée et les preux chevaliers mis cul par dessus tête. La Caracole fut mise à bas. Le Grand-duc André, honteux et confus, rentra dans son château, jurant, mais un peu tard, qu'il y regarderait à deux fois avant de retourner à la Porte-Basse.
Et la Grosse Biesse ? Elle alla manger des frites chez Lucky avec Noss'Petite et le brave Filou.

 

Jean-Louis TROQUET
février 2011