Carnaval de la grosse biesse

Marche-en-Famenne, 22 & 23 février 2020

2004 - La GB revient en dansant - l'histoire

Histoire écrite par Jean-Louis Troquet

LogoPf-21 Cette année-là, il y a bien longtemps, le Carnaval ne s'annonçait pas bien. Un lourd et épais nuage noir était venu se poser au-dessus de la bonne ville de Marche et depuis des jours, n'en bougeait plus. Et tous et toutes étaient frappés d'une espèce de mélancolie qui n'allait vraiment pas avec l'Esprit du Carnaval : les Zibistoukets claquaient faiblement du bec, les Baloûches agitaient tristement leurs antennes, les Compagnons du Gugusse gémissaient de plaintifs " oup-ta-ta " et le nez des Macrâles s'allongeait encore. Bref, c'était loin d'être la fête.

Alors les Seigneurs du Comité se réunirent, se concertèrent et décidèrent d'aller trouver la Macrâle du Chamay. Celle-ci les reçut fort aimablement, car c'était la plus aimable (et la plus jolie) des Macrâles de Famenne, les écouta et leur dit : " Ce nuage que vous voyez au-dessus de votre tête est un nuage de chagrin. Tant qu'il sera là, rien n'ira! " " Et toi, bonne Macrâle, ne pourrais-tu l'éloigner ? " " Comme ça, tout de suite, non... Pour ce faire, il faudrait un tambour dont la peau serait une Peau d'Allégresse " " Et qui pourrait nous donner ce tambour ? " " Je ne vois que la Grosse Biesse ... " La Grosse Biesse ! Le terrible, et gentil dragon du Fond des Vaulx !

Aussitôt les Seigneurs du Comité remercièrent la Macrâle du Chamay et se rendirent chez Nos'Petite qui, avec son chien Filou, était la meilleure amie de la Biesse. Nos'Petite les écouta fort attentivement et accepta aussitôt de les aider car en bonne Marchoise qu'elle était, elle adorait le Carnaval et détestait l'idée qu'un pourri vilain nuage puisse venir gâcher la fête.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Voilà Nos'Petite et le chien Filou partis pour le pays magique du Fond des Vaulx : ce n'est pas bien loin, il suffit de tourner à gauche après le tunnel... Arrivée au Trô Thy ô fosse, cet énorme gouffre où vit (et, souvent, dort) la Grosse Biesse, Nos'Petite se mit à chanter doucement : " Gosse Biesse, y es-tu ? Grosse Biesse, que fais-tu ? Grosse Biesse, réveille-toi. Nous avons besoin de toi ! "
Et la Grosse Biesse se réveilla et passe son énorme tête hors du trou. Nos'Petite lui explique la situation. La Grosse Biesse dit alors : " Pour faire une Peau d'Allégresse, il me faut du lait de vache folle. Et des vaches folles, il n'y en a que dans les prés du Bois l'Aguesse "
Nos'Petite ne voyait pas très bien où la Grosse Biesse voulait en venir mais elle avait une confiance totale en son énorme amie. Celle-ci dit alors : " Venez à moi, mes Biessons! " Et les Biessons accoururent.

Grosse Biesse et Biessons partirent alors vers les prés du Bois l'Aguesse, pour traire les vaches folles. Ces vaches appartenaient à l'ogre du bois, Clément le Poïou, mais celui-ci, quoique terrible, avait peur de la Biesse, et il laissa les Biessons traire ses vaches.

Les Biessons revinrent bientôt avec des centaines de litres de lait ; alors la Grosse Biesse alluma un grand feu dans le Trou de la Cabolée, y plaça un énorme chaudron et fit bouillir le lait. Il fallut des heures. Puis quand le lait se fut mis à bouillir, il commença à se former à la surface une peau épaisse et élastique, mordorée et chatoyante : c'était la Peau d'Allégresse. La Grosse Biesse et les Biessons retirèrent la peau de par-dessus le lait, confectionnèrent un énorme tambour et avec art et adresse, tendirent la Peau d'Allégresse.

Ensuite, tous en cortège, Grosse Biesse, Biessons, Nos'Petite, Filou (et tous les Nutons du Fond des Vaulx, alertés par la vacarme) partirent vers la bonne ville de Marche. La Grosse Biesse était en tête et jouait du tambour. Et, au fur et à mesure qu'ils avançaient, le nuage de chagrin se trouait, s'effilochait, disparaissait. Et le soleil rayonnait.

Ils arrivèrent en ville. Et tous les Marchois, en entendant le son du Tambour d'Allégresse, furent pris d'une irrésistible envie de danser. Et c'est ce qu'ils firent : ils dansèrent, le libraire avec la parfumeuse, le glacier et sa glacière, la substitute avec le commissaire... Oui, tous, ils se mirent à danser et à faire une fête dont on parle encore aujourd'hui.