Carnaval de la grosse biesse

Marche-en-Famenne, 10 & 11 février 2018

La Grosse Biesse se met au fourneau... l'histoire

Ce jour-là, le Grand-duc André convoqua la Grosse Biesse. Et il lui dit :


- Grosse Biesse, je t'ai fait inscrire à la grande Convention Internationale des Dragons de San Francisco. J'espère que tu y feras merveille.
- Grand-duc, mon beau sire, tu me fais grand honneur. Et tu peux compter sur moi : mes ailes sont fortes, mon vol est le plus haut, mon piqué est le plus rapide, ma langue de feu est la plus longue, mes pets sont les plus...

- Non, non, non, non. Tu es inscrite dans la catégorie « Cuisine ». Il ne restait plus que celle-là.
- Ah bon ?
- Oui, tu n'auras qu'à leur préparer un bon matoufé à l'œuf de dragon.


Et la Grosse Biesse partit.

Là-bas, c'était fabuleux : combats de dragons, sauts de dragons, courses de dragons, chants de dragons. Et en cuisine donc ! Quetzacoatl, le dragon-à-plumes mexicain, prépara un « chili con carne » aux haricots sauteurs et au « carne » ...spécial ; le lumeçon de Mons présenta son fameux verrat al berdouille ; Holly Mac Goff, du Loch-Ness fit déguster sa panse de baleine farcie « à la Martine » ; et Gy-Zhou, le dragon chinois, réalisa un admirable gâteau aux scolopendres et aux agrions, relevé d'une larme de venin de cobru.

Et la Grosse Biesse s'y mit.

Hélas ! La farine avait jauni, le lait avait sûri, le sel s'était sucré et l'œuf du dragon était tout pourri ! (Celui qui dira que cela fait penser au matoufé de la Confrérie sera puni)

Alors, la Grosse Biesse eut une idée.
Elle appela Gugusse, son vieil ami.
Boum ! Gugusse descendit du Paradis.
La Grosse Biesse lui explique la situation.
Vlan ! Gugusse remonta.
Vrouf ! Il redescendit. Et dit : « J'ai été prendre conseil auprès de tonton Joseph et tata Bibine. Et ils m'ont dit que tu n'avais qu'à faire de la chellée, le plus marchois, le plus simple et le plus succulent des plats. Tu prends un quart de poireaux, un quart de pommes de terre, un quart de carottes et un quart de céleri-rave ; tu coupes en gros morceaux ; tu cuits une heure et demie, sans beurre ni gras, ni rien ; tu écrases au pilon à gros trous ; tu sales ; tu poivres ; tu sers.
Et ainsi fit la Grosse Biesse.
Quand elle souleva le couvercle de son chaudron, une odeur si suave, si appétissante, si ... marchoise s'en échappa que tous se précipitèrent.
Et la Grosse Biesse de remporter l'épreuve.
Faites-vous donc un jour une bonne chellée en suivant la recette d'onc Joseph et de Bibine. Et accompagnez-la de saucisse aux oignons de chez Poës. Ou alors vous cuisez dans les légumes une bonne épaule d'agneau. Vous m'en direz des nouvelles !

Jean-Louis Troquet
Janvier 2015