Carnaval de la grosse biesse

Marche-en-Famenne, 02 & 03 mars 2019

2005 - La GB revient avou des p'tites bêtes - L'histoire

Texte de Jean-Louis Troquet

LogoPf-02 Or donc, en ce temps-là, le Fond des Vaulx, tout près de la bonne ville de Marche, était une contrée merveilleuse, magique, peuplée de nymphes, de fées, de dryades, de farfadets, où vivait (et surtout, dormait) un dragon, notre chère Grosse Biesse. Et c'était aussi une terre de nutons : il y avait des nutons des rochers, surtout autour de la Plate Pierre et au Trou Dieu-le-Père, des nutons des bois, principalement au bois l'Aguesse, et des nutons des prés, tout autour de la Source. Ces derniers avaient une particularité : ils étaient extrêmement gourmands et gastronomes. Ils adoraient la soupe aux mouches bleues et aux larves de moustiques, ils étaient friands de quiches aux vers gras et de tartelettes aux têtes de guêpes, ils raffolaient de ragoûts de hannetons, de fricassées de chenilles poilues, de fritures de sauterelles. Chaque jour, ils inventaient de nouvelles recettes et étaient la terreur de toutes les petites bêtes.

Or voilà qu'à Marloie, au pays des baloûches, naquit une baloûche plus intelligente, plus forte et plus rusée que toutes les autres. Et après avoir pris la tête des baloûches de son pays, elle parvint à écarter, sans coup férir, le criquet Karolus le Long, qui régnait sur les insectes de Marche. Puis elle se fit sacrer empereur, sous le nom de Balouchard 1er, et réunit autour de sa bannière les abeilles du Gerny, les guêpes de Humain, les cherche-midi d'Aye, les lumeçons d'On, les scolopendres d'Hargimont, les cancrelats de Waha, les cicadelles d'Hollogne et les perce-oreilles de Verdenne. Ses sujets, bien entendu, attendaient de Balouchard monts et merveilles. Ils ne furent pas déçus. Sitôt couronné, il déclara une " guerre à mort " aux nutons des prés, rassembla une formidable armée et partit pour le Fond des Vaulx.
Et la guerre commença. Elle fut terrible. Tout ce zéro, six ou mille et une pattes, tout ce qui rampe, saute, pique, vole, grouille était là ; nuées compactes, tapis crissant, colonnes hérissées. Et les nutons des prés, munis de terribles redoutables tapettes, faisaient d'incroyables ravages. Et ils étaient, eux, piqués, mordus, bubonés, harcelés, couverts de plaies et de démangeaisons.

Plusieurs heures, la bataille fit rage et le vacarme fut si considérable que, et c'est là le nœud de notre histoire, en son grand trou du Trô Thy-ô-fosse, la Grosse Biesse fut réveillée d'un sommeil réparateur qui ne durait que depuis vingt-trois jours. Furieuse, la Biesse sortit de son trou. Ah ! Ce fut vite réglé ! Sa simple apparition calma les belligérants. Sous le regard courroucé de la Biesse, Balouchard fit retraite. Et les nutons des prés promirent, d'une seule voix, de devenir végétariens. Ils se régalèrent dès lors de tourtes aux pissenlits, de cakes aux glands, de wastès aux feuilles de chêne et de gosettes à l'herbe-à-chat .

Et depuis ce temps-là, tout ce qui à zéro, six ou mille et une pattes, tout ce qui rampe, crisse et volète, voue à la Grosse Biesse, une indéfectible reconnaissance et une grande et belle amitié.