Carnaval de la grosse biesse

Marche-en-Famenne, 02 & 03 mars 2019

La légende des Nutons

Texte de J-L Troquet

Le Fond des Vaulx est, depuis toujours, une Terre de Nutons. La présence de Nutons des Rochers est avérée au Trou Dieu-le-Père, au Trou au Sable, au Trou au Renard et à la Plate-Pierre. On dit aussi qu'il y a un gros village de Nutons des Forêts dans le grand pré derrière la Source. Ce village est protégé par un charme magique qui le rend invisible aux yeux des hommes. Monmond, le chévrier qui connaissait le Fond des Vaulx mieux que personne, m'a dit qu'il était possible de l'apercevoir. A 13h13 exactement (mais en ce temps d'heure d'été et d'heure d'hiver, qui peut se vanter de connaître la bonne heure?), il faut se placer sur le vieux chemin, un peu avant l'entrée du camp scout, la tête tournée vers le Bois l'Aguesse. On doit alors regarder du coin de l'œil, de l'extrême coin de l'œil, vers la Source, et alors on peut voir le village. Je sais ce n'est pas facile, mais il n'est jamais facile de briser les barrières magiques.

 

Certains disent que si on ne voit presque jamais de Nutons, c'est parce que dans la journée ils se changent en pierres (d'aucuns disent crapauds). Ce sont des carabistouilles. Les Nutons sont d'un naturel extrêmement timide et, de plus, ont de nombreuses raisons de craindre les humains : si ceux-qui-ont-élevé-les-grandes-pierres vivaient en paix avec eux, les Gaulois s'en méfiaient, les Romains les détestaient et les prêtres de Remacle leur firent une chasse impitoyable.

 

Parfois, un homme a avec eux une relation privilégiée. Le cordonnier Galloy, de la Porte-Basse, allait porter ses souliers à réparer au bus du Trou Dieu-le-Père, là où il y a le « lavoir à voitures ». Il apportait aussi de larges tranches de wasté, couvertes de miel ou de confiture de groseilles vertes (les petits hommes en raffolent). Le lendemain matin, les chaussures étaient parfaitement réparées.

 

La légende du pâté des Nutons mérite d'être racontée. Le seigneur de Jamodenne voulait marier sa fille au Seigneur de Ciney. Or, celle-ci aimait un jeune manant du Chamay et en était aimée. Le manant alla trouver les Nutons qui lui donnèrent une recette de pâté avec un ingrédient secret. Au repas de fiançailles, on servit ce pâté aux deux seigneurs. Quand ils eurent commencé à en manger, ils ne purent s'arrêter. A la troisième terrine, leur ventre en éclata. Et la jeune fille put aimer son amoureux en toute quiétude. Ce n'est peut-être pas très moral, mais c'est comme ça.