Carnaval de la grosse biesse

Marche-en-Famenne, 02 & 03 mars 2019

1970 - Discours de Pierre II

Vénéré et exquis Mandarin Bourguignon,

Honorables membres de conseil de la cité,

Irréprochables citoyens de cette même cité,

Gracieuses fleurs féminines de la ville de Marche-en-Famenne,

 

Moi, Pierre II, Mautchi-Khan, prince du levant, présent tyran et despote omnipotent, vous adresse mes salutations les plus ailées et ma sympathie la plus odorante, confondu de joie et d'orgueil par l'incommensurable honneur dont vous avez bien voulu combler ma misérable personne.

Ma horde d'honneur a parcouru bien des contrées avant d'atteindre votre illustre métropole et j'ai vu bien des merveilles mais jamais rien de comparable à ce qui m'attendait sous vos joyeux nuages.

En Chine, de hautes murailles, de puissants remparts protègent notre pays; vous, vous avez abattus les vôtres, ne gardant comme symbole de votre force et de votre indépendance qu'une puissante tour, réceptacle et tabernacle de l'intelligence, de l'art, de la taxidermie et de l'ossuaire famennois.

Nos steppes sont infestées de fauves en tous genres, vous , grâce à des équipes de féroces mercenaires, vous avez dépeuplé vos ruelles du dernier de ses chiens. Et comble d'astuce, vous avez payé ces mercenaires grâce aux plantureux bénéfices réalisés par votre plan quiquennal d'enlèvement des immondices.

Quant à l'aménagement de la rizière de la Campagnette, mer de boue fertile et odorante, drainée par un système d'irrigation des plus modernes, son audace a stupéfié nos experts agricoles et urbains les plus éminents.

Mais en attendant le riz, vous avez la viande, car si les tigres de papie impérialistes et Trusteurs de Ciney vous ont ravi votre marché aux Pestiaux, célèbre, renomé et odorifiant, vous allez, je le sais, le reconstruire encore plus grand, encore plus beau, au Casino... et c'est pour bientôt car les attaches-boeufs et barrières de protection sont déjà en place. Vive donc le Néo-Marché aux Pestiaux, doublement couvert et protégé par les vertus du terrible judo marchois.

Nous avons, vous le savez, des problèmes de surpopulation; désireux de vous aligner sur nous, vous aussi, vous en aurez bientôt grâce à votre superbe zoning industriel marchois qui, concurremment à la création d'une usine de rechange pour pousse-pousse bouillonnante, d'une usine de cure-dent et d'une super-réserve de nids d'hirondelles, prévoit pour l'année à venir, l'implantation de trois H.L.M. et de deux bidon-villes dans le site du Monument.

Ah! Le Monument! Diamant de la perle de la Famenne, cerisiers en fleurs, champs de pavots et bruits de motos! Et ici, j'ai une grande, une immense nouvelle à vous annoncer: de commun accord avec les plus illuminés de vos édiles, j'ai l'insigne honneur d'offrir à votre cité, en lieu et place du Christ de S. Dali abusivement retenu par la réactionnaire et impérialiste douane espagnole, un magnifique objet d'art en fer forgé représentant la pêche au cormoran par une nuit sans lune sur le lac Pa-O-Lai. Et cela, ça attirera des camarades touristes.

Nous avons fait, il y a peu, notre révolution culturelle, vous vous n'en aurez point besoin puisque vous avez eu la sagesse de dynamiter votre propre centre culturel, avant même qu'il ne soit construit. Ah, Que la sagesse orientale est faible comparée à la sagesse marchoise!

Et au point de vue de l'art, votre ville occupe une fois de plus une position de tête, la tête de l'art. Chez nous, de gentils gardes rouges peignent sur les maisons et les décorent de portraits de ma très noble personne, dans les capitales occidentales décadentes, de jeunes hippies, sales et vermineux peignent sur les trottoirs. Ici, à Marche, les façades et les trottoirs et les trottoirs ne suffisent plus puisque votre Mandarin, comble d'audace, a voulu que son staff d'artistes communaux peigne et dessine sur vos routes-mêmes, entreprise malheureusement incomprise par votre gouvernement central qui fit aussitôt effacer ces oeuvres abstraites majeures.

Fort aussi de votre expérience, je me propose à mon retour en mon humble pays, d'organiser les premières Asiatades à l'image de vos Européades, la super-production la plus originale du monde du spactacle, la seule où les artistes et participants sont plus nombreux que les spectateurs. Je vous demanderai seulement de m'envoyer dans le cadre d'échanges culturels gratuits, votre grand producteur, l'éminent Cecil.B.Petit.

Je lis dans vos regards, honorables camarades, une lueur étonnée: comment moi, citoyen des lointains pays asiates, comment ai-je pu apprendre tout cela? Mais bien sûr, grâce aux scribes que le monde vous envie, les Frères ennemis des quotidiens, les Laurel et Hardy du journalisme, les inlassables pourchasseurs de la nouvelle-chee, je veux parler, mais vous m'avez compris, des deux camarades Rossignon et Collard.

Et maintenant, le moment est venu, moment solennel, émouvant et inoubliable entre tous où je prends en mains le fragile destin de votre rayonnante et lumineuse cité. Moi, Pierre II, Mautchi-Khan, déclare:

  • Que la ville de Marche sera ouverte et violable à merci
  • Que les nobles agents de ville seront mis incontinents en cure et remplacés par ma fidèle garde de samouraïs spéciaux
  • Que les maisons de joie ne fermeront leur porte qu'à l'aube du triste mercredi de la semaine advenante
  • Que le saké et la bière de Letus couleront à flots sans retenue et sans contrainte
  • Qu'enfin, le sourire oriental, gage de joie et de folle humeur, ornera la face de tous mes sujets durant les festivités à venir.


Camarade Mandarin, je t'invite maintenant à saker avec moi.