Carnaval de la grosse biesse

Marche-en-Famenne, 22 & 23 février 2020

2012 - La Grosse Biesse revient faire son show - L'histoire

Le grand-duc André avait des soucis.  Depuis quelque temps, ses paysans ne cessaient de se plaindre.  La nuit, des bruits étranges, tonitruants, barbares, montaient dans les campagnes.  Le lait des vaches tournait dans leur pis, les poules pondaient des œufs noirs, les cochons maigrissaient à vue d’œil.  Et surtout, surtout, les jeunes gens et les jeunes filles disparaissaient le soir pour ne rentrer qu’au matin, exténués, fourbus, les yeux battus, bref bons à rien.

Alors, le grand-duc André fit convoquer le puissant sorcier de Waillet.  Et celui-ci lui dit :

- Sire, les gens de vos campagnes sont frappés de la terrible Technoscénite !

- C’est quoi, ça ? demanda André.

- C’est une affreuse maladie en passe de gagner tout le royaume.  Ceux qui en sont frappés émettent des bruits, des sons gutturaux, usent d’instruments diaboliques pour produire ce qu’ils appellent le Sounde.

- Et c’est dangereux ?

- Oh que oui, mon bon Sire.  Car les jeunes, qui ont des jeunes oreilles et un frais cerveau, lorsqu’ils entendent le Sounde, ne peuvent s’empêcher de gesticuler, de tourner sur eux-mêmes, de sauter et de se trémousser.  Et ils se retrouvent épuisés.

- Sais-tu comment éradiquer cette maladie ?

- Il n’y a qu’un seul moyen, Sire.  C’est le feu!


Aussitôt, le grand-duc fit appeler ses gens d’armes et leur dit : « La nuit prochaine, vous partirez dans les campagnes munis de torches et de feu grégeois.  Vous serez attentifs aux bruits.  Vous détecterez le Sounde.  Et vous brûlerez ce que vous trouverez ».


Les gens d’armes partirent et ne revinrent pas car tous avaient été frappés par l’horrible Technoscénite.

Et les nuits succédèrent aux nuits, toujours plus bruyantes, toujours plus frénétiques.

Alors le grand-duc André prit une terrible décision : il s’en alla trouver la Grosse Biesse dans son antre du Fond-des-Vaulx.

Et voici ce qu’il lui dit :

- Grosse Biesse, il faut faire quelque chose.  L’obscène Technoscénite a envahi mes campagnes.  Mes paysans ne sont plus bons à rien.  Et voilà que j’apprends qu’on va organiser un Rassemblement d’Abrutis Vraiment Enervés, une RAVE, quoi, dans le pré aux Faules, aux portes mêmes de ma bonne ville de Marche.

- Et que veux-tu que j’y fasse ?  dit la Biesse.

- Ben…tu sais cracher du feu, non ?

Et la Grosse Biesse partit pour la Rave.

Trois nuits, on l’attendit.  Et trois nuits, on entendit le Sounde.

Enfin, la Grosse Biesse revint.  Elle avait l’air frétillante, heureuse, en pleine forme, de meilleure humeur qu’on ne l’avait jamais vue.

- Et alors ? lui demanda le grand-duc André.

La Grosse Biesse ouvrit sa large gueule et poussa des cris tels que les murs de la ville tremblèrent, que les poissons se sauvèrent des étangs d’En-haut et d’En-bas, que les oiseaux en perdirent toutes leurs plumes.

La Grosse Biesse chantait.

Alors le grand-duc André prit, dans ses mains longues et belles, ses larges et grosses oreilles.  Et il se les boucha.

Jean-Louis TROQUET
Janvier 2012