Carnaval de la grosse biesse

Marche-en-Famenne, 22 & 23 février 2020

2007 - La GB revient du bout du monde - L'histoire

Histoire écrite par Jean-Louis Troquet

LogoPf-22Ce jour-là, le roi des Nutons du Fond des Vaulx vint trouver la Grosse Biesse, sa voisine. Il avait besoin d'elle. Sa fille allait se marier (avec un très joli Troll du Gerny), tout était super fin prêt pour une formidable noce...sauf une chose. Aucun mariage digne de ce nom ne pouvait se réunir sans le point d'orgue qu'était un beau gâteau de noce. Et tout gâteau de noce était incomplet sans sa cerise. Et le roi des Nutons ne voulait d'autre cerise qu'une cerise d'argent. Or les cerises d'argent ne se trouvaient que sur un cerisier magique, le cerisier du Bout du Monde. Et l'on disait que là vivait un terrible géant, qui scrabouillait tout ce qui passait à sa portée. Bref, si la Grosse Biesse voulait bien...

Et, bien sûr, la Grosse Biesse voulait bien.

Elle partit donc pour le Bout du Monde. Ça, c'est assez facile, il suffit de prendre l'allée du Monument, qui est la plus droite des allées, puis de continuer toujours tout droit, et on arrive au Bout du Monde. C'est ce que fit notre Grosse Biesse. Elle traversa forêts immenses et plaines verdoyantes, déserts et marécages, steppes et toundras, gravit cent montagnes, franchit mille précipices. Tout cela d'un bon pas, allègre et rapide. Et elle arriva au Bout du Monde, là où le soleil se couche et la lune se lève, là où naissent les vents et meurent les tempêtes, là où la mer tombe dans le gouffre de l'espace sans fin, le Bout du Monde, quoi.
Et là, à perte de vue, il y avait un jardin merveilleux et un verger plus superbe encore. Et, pour s'occuper de tous ces légumes extraordinaires et de tous ces fruits incomparables, une multitude d'étranges oiseaux qui se déclinaient en deux espèces, les Zibistoukets et les Grutchouyoux.

La Grosse Biesse s'approcha d'une gentille Zibistouket et lui demanda où elle pourrait trouver le cerisier aux cerises d'argent.

- Oh là là ! Oh là là, dit la Zibistouket, qu'est-ce que vous faites ici, vous ? Vous allez vous faire attaquer par notre maître, le terrible géant Doublevous !

Et, en effet, à peine avait-elle dit cela que le géant arriva. Il était énorme, gigantesque, gratte-cielesque. Sa tête touchait aux nuages, ses yeux lançaient des éclairs, sa voix était un tonnerre. Et il disait : " Le jardin, c'est à moi. Le jardin, c'est pas à toi. Et je vais te scrabouiller ! "

La Grosse Biesse, qui en avait vu bien d'autres, ne recula pas d'un pas. Au contraire, elle fonca vers le géant Doublevous et lui décocha son fameux balancement de queue latéral gauche brossé. Et frappa le géant aux chevilles. Qu'elle pulvérisa. Littéralement. En mille morceaux. Et c'est tout le géant qui se désarticula, sa démantibula, se déglingua, se disloqua. Car c'était un faux géant, fait de bric et de broc, une ingénieuse machine qui terrorisait la région depuis des générations.

Au centre des décombres de ce que fut le géant Doublevous, la Grosse Biesse découvrit un gnome affreux, bête et méchant, un hargneux tyran de pacotille. Elle lui envoya au derrière une bouffée d'haleine enflammée et le gnome s'enfuit sans demander son reste. Et jamais on ne le revit.

Puis la Grosse Biesse s'en alla cueillir sa cerise d'argent et retourna vers son pays, avec un fort parti de Zibistoukets et de Grutchouyoux, qui voulaient absolument découvrir le Fond des Vaulx. Elles le trouvèrent tant à leur goût qu'elles s'y trouvent toujours aujourd'hui.

Quant à la noce, ce fut un succès total. Depuis les hauts d'Haversin, on entendait les Nutons et les Trolls chanter.