Carnaval de la grosse biesse

Marche-en-Famenne, 02 & 03 mars 2019

1985 - Discours de Dominique Ier

LE CONTEXTE DU DISCOURS

Pour interpréter un discours déjà ancien, il peut être utile de se référer au contexte dans lequel il a été écrit. C'est dans ce but que nous vous proposons de lire les lignes qui suivent.

Dominique Demelenne était à l'époque président de l'asbl "Les Mautchîs Mî Tchîs Qu'Ti", créée en 1982 par des jeunes issus des mouvements de jeunesse marchois. C'est à ce titre qu'il avait été choisi comme Prince Carnaval.

Cette asbl a toujours eu pour objectif de faire chaque année, au 15 août, une revue satirique des événements marchois et des habitants de Marche. L'esprit de clocher y est très développé, pour rire évidemment. Cet esprit souffle régulièrement dans les spectacles où sont mises en évidence les rivalités traditionnelles - quoique certains les vivent toujours au quotidien - qui existent depuis longtemps entre la ville de Marche et les villages environnants.

Au printemps 1985, il y avait seulement 8 ans que la fusion des communes était entrée dans sa phase effective et les rumeurs de mécontentement à ce sujet n'étaient pas encore tout à fait éteintes.

C'était aussi la pleine époque des projets de rénovation urbaine, tant de la voirie que des façades du centre-ville. La Maison Hanin-Gilles (là où se trouve la pharmacie EPC) venait de prendre son aspect actuel, mais le piétonnier de la place de l'Eglise et des environs n'était encore qu'un projet. Le Casino n'était pas encore devenu le Quartier Latin et la Place de la 7ème Brigade s'appelait encore le Parking Hanin-Gilles (en tout cas dans le langage courant).

L'abattoir était encore loin de s'être transformé en cinéma "l'Ecran", mais la menace de fermeture planait sur lui car la Communauté Européenne commençait à imposer des normes strictes intenables pour les plus petits abattoirs (dont celui de Marche).

Quant au cinéma, c'était l'époque où il n'y en avait plus aucun à Marche, sauf les séances de ciné-club organisées par l'asbl "l'Attache" dans la grande salle du Centre Culturel.

Les petits commerces traditionnels étaient légion encore: épiceries de quartier (Colinet, Lahaut, Bresmal, Bibine), droguerie (Mossia), un peu de tout (bazar marchois).

L'Institut Saint-Remacle et les Soeurs de Notre-dame n'avaient pas encore fusionné, l'enseignement n'y était même pas encore mixte.

Quant aux autres événements auxquels il est fait allusion, rappelons qu'un incendie venait d'affecter une partie de la boulangerie Delhaye dans la rue des Savoyards, qu'un studio d'une radio libre était situé dans la Ruelle Rosette (Radio 2000, rachetée peu après par Bel-RTL) et enfin que la Belgique connaissait une vague d'attentats commis par un groupuscule nommé les "Cellules Communistes Combattantes".

Espérons que ces petits faits vous éclaireront mieux sur la saveur du discours du prince cette année-là.


Mossieûs les Maïeurs,

Et vos, tortos, Mautchîs, pètits-fils d'Mautchîs, arrière-petits-fils d'Mautchîs,

Mautchwès, Mautchwesses,

A vos, totes les djins dol pwate lô vô,

do Chamay,

dol gâre et dol rouale des leûs,

dol rowe des treûs bombes,

dol plèce Toucrèye et dol rouale Rosette,

do Paradis des dj'vaux et dol rowe di l'Abattoir,

di l'Arb' Sainte-Anne et dol vîye route di Lîdje,

dol route di Bordon et dol vôye di Saint-Antwène,

di Nèrette èt dol cité Marguerite;

A vos, tos les novés Mautchîs, fwarcis di v'ni avou nos autes,

c'est-à-dire les djins d'Maurlôye, di On, di Hardjîmont, di Verdenne,

di Rwè et surtout les innocints quatôze di Wahau èt les laids Godis d'Aye,

Bref, Bondjoû tot l'monde.

Après tant d'années passées à aller sur la lune, à en revenir, à aller aux Jeux Olympiques, après tant d'années passées sous la botte de princes étrangers, arabes, chinois ou américains, Nous, Dominique Ier, Mautchî depuis des siècles, avons décidé de remettre de l'ordre dans la maison et de permettre enfin aux Mautchîs d'être maîtres chez eux.

C'est pourquoi, en vertu du pouvoir qui Nous est conféré aujourd'hui, Nous, Dominique ler, décrétons que les festivités carnavalesques de cette année seront placées sous le thème de "Marche à la Marchoise".

Parce que, entre nous, on a beau faire le tour du Monde, c'est todi à Mautche qu'on est l'mî.

Pour concrétiser notre ligne politique de "Mautche aux Mautchîs", Nous agirons pendant ces trois jours selon deux idées force : ACTION ET PRÉSERVATION du patrimoine Marchois.

D'aucuns, jusqu'ici, ont proclamé à tous vents : "Il faut RÉNOVER". Nous proposons donc, pour commencer, une série de mesures urgentes dans le cadre de NOTRE rénovation.

Et, tout d'abord, notre projet pilote, à peu près dans la ligne de la rénovation Hanin-Gilles : la rénovation de la maison de Halleux. Si l'expérience est concluante, nous rénoverons aussi leurs habitants.

Le deuxième projet concerne le centre de Marche : là, comme ailleurs, il faut rénover !

Nous imposerons donc la réalisation d'un piétonnier, même si Michel Delhaye, à ce qu'on dit, n'est pas tout feu tout flamme.

Parmi les nombreux projets qui nous ont été soumis, nous avons choisi l'itinéraire suivant.

Départ à la porte du magasin BRESMAL-SAINT-VITEUX.

Traversons-le de part en part jusqu'à la ruelle Rosette où nous aboutissons dans la cuisine d'un maître-artisan du Matoufè.

Pas de chance, le Père Joseph, une fois de plus, est absent. Il est sans doute à Radio 2000 en train d'expliquer avec amour les 684 façons de préparer un bon Matoufè, un vrai hein nom di dju !

Poursuivons cette tournée de la gastronomie marchoise en progressant jusqu'à l'arrière-cuisine de Bibine que nous surprenons devant une montagne de truffes et de galettes.

Nous ressortons par son magasin (un à la fois s'il vous plaît !) pour traverser la rue des Savoyards et nous nous précipitons chez Delhaye pour assister à la fabrication du célèbre pain grillé. Mais ne dérangeons pas Michel qui surveille la cuisson : un accident est si vite arrivé !

Un rapide court-circuit nous amène alors chez les pompiers où nous nous munissons d'un masque à gaz. Ainsi protégés, nous pouvons affronter l'urinoir du casino d'où nous jouirons d'une vue panoramique et publicitaire sur le parking Hanin-Gilles.

Retour à la case départ par les ateliers Lecomte, ce qui n'est pas une mince affaire.

En option pour les touristes japonais, un détour par l'atelier d'électronique de pointe Léon Demelenne.

Troisième projet urgent : le maintien de l'Abattoir communal, dont la fin est proche, comme disent les Témoins de Jéhovah et les ministres de la C.E.E.

Pour ne pas alourdir encore plus la fiscalité communale, nous utiliserons au maximum les bâtiments existants.

Dans cette optique, nous transférerons l'abattoir au centre culturel, qui nous paraît correspondre à ce que l'on fait de mieux en matière agro-alimentaire :

- une infrastructure d'accueil du bétail sur pied, c'est-à-dire les terrains de football et les pelouses équipées d'un ruisseau-abreuvoir;

- deux animateurs zoo-culturels, Jean-Roch FOCANT, si attachant, et Paul GUISEN, pour aiguiller le bétail vers les salles adéquates;

- des films du genre "Mad Max" pour calmer les bestiaux à l'Attache;

- un cours de jiu-jitsu nom di dju, pour l'abattage;

- une piscine, désormais interdite à Clément Berck pour le lavage de carcasses.

Donc, rénovation, mais sans investissements !

Mais que deviendra l'abattoir, va me demander Jean-Luc HENRY, échevin de la chose ?

Rassurez-vous, Madame GODIVACHE, Sénateur-Fermière de son état, qui sait mieux que tout le monde en matière agricole, revendique l'ancien abattoir pour y transférer la maison libérale.

Nous ne nous étendrons pas sur la nécessité de classer quelques commerces typiques qui disparaîtront si l'on n'y prend garde : la petite Maria, le Bazar Marchois, chez Mossiat et chez Lahaut, tels sont les dossiers que nous avons introduits à la Commission de Monuments et des Sites. N'oublions pas que Madame COLINET vient de fermer, faute de vigilance de notre part ...

Nous ne nous étendrons pas non plus sur la nécessité de développer le tourisme à Marche. Nous pourrions par exemple créer, entre Hollogne et Marloie, un parc d'attractions : le WAHALIBI, avec comme thème : "Nos ancêtres les Gaulois". Les investissements pour créer cette réserve naturelle seront minimes.

Mais tout cela n'est rien à côté de mesures urgentes et ô combien importantes de rénovation, car il s'agit de rénovation idéologique.

1° Le parti socialiste n'a rien à faire à la rue NOTRE-DAME DE GRÂCES ! (les socialistes, vous vous rendez compte ?) Nous les ramènerons donc au centre et les installerons au numéro 14 de la ruelle Rosette au poing.

2° Pour faire cesser la rivalité idéologique entre écoles libres et écoles officielles, nous rénoverons le Chamay en le rasant et en y installant l'Athénée, qui se trouvera ainsi entre les Soeurs et l'Institut.

A ce propos, il faut souligner que nous ne sommes pas du tout impressionnés par les menaces déjà proférées à notre égard par les C. C. C.: Cellules Carnavalesques du Chamay.

Et enfin :

3° Nous reconstruirons les remparts autour de Marche, pour soustraire notre bonne ville à la mauvaise influence des villages. Cette mesure sera accompagnée de la défusion des communes, pour rendre aux villages leur liberté et leur dignité perdues. Marche pourra alors redevenir un bourg en milieu rural et non plus un "pôle d'attraction pour le Nord-Luxembourg".